Didier Fassin Books

Economies Morales Contemporaines (editor, with Jean-Sébastien Eideliman), La Découverte, series Recherches, Paris, 2012, 405 pages.

Les questions morales pénètrent nos représentations, nos pratiques, nos politiques. Redonnant toute sa force critique au concept d’économies morales, les auteurs en explorent les multiples facettes à travers une série d’enquêtes conduites sur quatre continents. Des lieux d’enfermement des étrangers en France aux prisons de haute sécurité aux Etats-Unis, de la stigmatisation des familles roms en Italie à la marginalisation des enfants de migrants en Chine, de la condamnation du tourisme sexuel en Thaïlande à l’évaluation des transactions amoureuses au Mali, des pratiques de charité en Inde aux politiques contre la pauvreté au Chili, les auteurs s’attachent à comprendre comment on gouverne et on juge, comment on assiste et on exclut. Mais ils montrent aussi que les professionnels et leurs publics n’adoptent pas de manière passive et uniforme ces modèles moraux, déployant des subjectivités éthiques pour résister ou faire avec, autour du handicap et de la toxicomanie, de l’asile et de la naturalisation, de la violence et de la finance. Cet ouvrage nous propose ainsi de penser la vie sociale et politique de la morale.

   
 

Moral Anthropology (editor), Wiley-Blackwell, series Companion, Malden, MA, 2012, 664 pages.

Moral questions have always been at the heart of the project of the social sciences. Yet, it is only in recent years that a field of research has been developed in the anthropology of morality and ethics. Bringing together international experts from this emerging domain, the book provides original essays exploring the various currents, approaches, and issues in the ethnography of moralities, the study of ethical subjectivities, and the exploration of moral economies, based on fieldwork conducted on the five continents. The frontiers with politics, law, religion and science receive a special attention, as well as the problems of violence and war, the contemporary rise of humanitarianism and human rights, and the debates about relativism and universalism. A final dialogue is engaged with neighboring disciplines that adopt very distinct paradigms such as moral philosophy, moral psychology, evolutionary biology and neuroethics.

   

La Force de l’Ordre. Anthropologie de la Police des Quartiers, Le Seuil, series La Couleur des idées, Paris, 2011, 408 pages.

Depuis trois décennies, tous les désordres urbains qu’a connus la société française sont survenus à la suite d’interactions meurtrières entre la police et les jeunes dans des quartiers dits sensibles. Mais au-delà de ces moments dramatiques, quels sont les rapports entre les forces de l’ordre et les habitants des banlieues? Pour le comprendre, l’auteur a partagé pendant près de deux ans le quotidien d’une brigade anti-criminalité de la région parisienne. Cet ouvrage est le fruit de son enquête, la première du genre en France. Loin des imaginaires que nourrissent le cinéma et les séries télévisées, il raconte le désœuvrement et l’ennui des patrouilles, la pression du chiffre et les doutes sur le métier, les formes invisibles de violence et les manifestations méconnues des discriminations. Inscrivant ces pratiques policières dans les politiques qui les rendent possibles, il montre qu’elles visent moins à protéger l’ordre public qu’un certain ordre social et dévoile ainsi l’exception sécuritaire à laquelle sont soumises les cités.

   

Humanitarian Reason. A Moral History of the Present (translation by Rachel Gomme), University of California Press, Berkeley, 2011, 336 pages (received the Honorable Mention for the Bateson Prize of 2012 by the Society for Cultural Anthropology)

In the face of the world’s disorders, moral concerns have provided a powerful ground for developing international as well as local policies. This book draws on case materials from France, South Africa, Venezuela, and Palestine to explore the meaning of humanitarianism in the contexts of immigration and asylum, disease and poverty, disaster and war. It traces and analyzes recent shifts in moral and political discourse and practices — “humanitarian reason”— and shows in vivid examples how humanitarianism is confronted by inequality and violence. Deftly illuminating the tensions and contradictions in humanitarian government, the studies presented reveal the ambiguities confronting states and organizations as they struggle to deal with the intolerable. This critique of humanitarian reason, respectful of the participants involved but lucid about the stakes they disregard, offers theoretical and empirical foundations for a political and moral anthropology.

   

La Raison Humanitaire. Une Histoire Morale du Temps Présent, Gallimard-Seuil, series Hautes Études, Paris, 2010, 358 pages.

Face aux désordres du monde, les sentiments moraux sont devenus un ressort essentiel des politiques, internationales aussi bien que locales. Qu’il s’agisse de conduire des actions en faveur des pauvres ou des réfugiés, d’aider des victimes de catastrophes ou de justifier des interventions militaires, un gouvernement humanitaire, mêlant solidarité et compassion, se déploie partout au secours des démunis et des dominés. C’est à l’analyse de cette nouvelle économie morale qu'est consacré ce livre. Analysant en France l’ouverture de lieux d’écoute dans les banlieues, la distribution d’aides d’urgence aux chômeurs, la régularisation des étrangers en situation irrégulière et le traitement des demandes d’asile, mais étudiant aussi les représentations de l’enfance au temps du sida en Afrique du Sud, les témoignages sur les traumatismes dans les Territoires palestiniens, les opérations de sauvetage de sinistrés au Venezuela et les choix difficiles de l’aide internationale lors de l’invasion de l’Irak, Didier Fassin livre les fragments d’une histoire au présent de la manière dont les sociétés contemporaines font face à l’intolérable.

   

Santé Publique. L’État des Savoirs (editor, with Boris Hauray), La Découverte, Paris, 2010, 536 pages.

Depuis deux siècles, la santé publique a vu son territoire s’étendre et sa légitimité se conforter dans l’action de l’État aussi bien que dans les pratiques des citoyens. Ébranlée par des crises sanitaires, mais renforcée par de nouveaux savoirs et de nouvelles institutions, elle est devenue un enjeu majeur. C’est à en décrypter les multiples facettes, des disciplines qu’elle mobilise aux problèmes et aux défis auxquels elle est confrontée, qu’une soixantaine de chercheurs et praticiens s’emploient dans ce livre dont les inégalités devant la vie constitue le fil rouge.

During the past two centuries, the territory and legitimacy of public health have been comforted in the action of the state as well as the practices of citizens. Shaken by unprecedented epidemics and crises, but strengthened by new knowledge and new institutions, public health has become a major issue. It is to decipher its multiple aspects, from the disciplines it mobilizes to the problems and challenges it faces, that sixty researchers and practitioners combined efforts in this volume, whose thread follows the inequalities in the face of life.

   

Contemporary States of Emergency. The Politics of Military and Humanitarian Interventions (editor, with Mariella Pandolfi), Zone Books, New York, 2010, 408 pages.

From natural disaster areas to zones of conflict around the world, a new logic of intervention has emerged, combining military action and humanitarian aid, conflating moral imperatives and political arguments, and confusing the concepts of legitimacy and legality. The mandate to protect human lives, however and wherever endangered, has thus promoted a new form of military and humanitarian government that operates in a temporality of urgency, moving from one crisis to the next, applying the same battery of technical expertise, and justifying itself in terms of lives to be rescued and suffering to be alleviated. Drawing on the critical insights of anthropologists, legal scholars, political scientists, and practitioners from the field, this book addresses a critical question that confronts the world today: How and why have military and humanitarian interventions transformed the international order such that what was once a logic of exception has now become the rule of contemporary global politics?

   

Les Nouvelles Frontières de la Société Française (editor), La Découverte, series Bibliothèque de l’Iris, Paris, 2010, 599 pages (awarded the France Culture Prize of the Best Essay in 2010).

Au cours des dernières décennies, les frontières du territoire français se sont refermées pour les étrangers en provenance des pays non communautaires. Mais simultanément, d'autres frontières moins visibles, raciales, ethniques ou religieuses, se sont constituées à l'intérieur de l'espace national. Longtemps pensées séparément, les unes à travers la «question immigrée», les autres en termes de «racialisation», ces frontières sont étroitement liées, tant dans les histoires familiales que dans les discours publics. Résultat de quatre années d'enquêtes pluridisciplinaires, cet ouvrage met au jour les transformations contemporaines des identités et des altérités dans la société française.

In the past decades, the French borders have become increasingly impervious to immigrants originating from outside Europe. But simultaneously, less visible racial, ethnic, and religious boundaries have been drawn within the nation. Long considered separately, the former through migration, the latter via racialization, these lines of divide are in fact closely related in family histories as well as public discourses. The result of four years of pluridisciplinary research, this volume unveils the changes in the construction of identities and of otherness in France.

   

The Empire of Trauma: An Inquiry into the Condition of Victimhood (translation Rachel Gomme), Princeton University Press, Princeton, 2009, 305 pages (awarded the Douglass Prize for the Best Book of 2010 in the Anthropology of Europe).

Today we are accustomed to psychiatrists and psychologists taking care of victims at the scenes of natural disasters, terrorist attacks, war zones, but also the suicide of an adolescent and other such personal tragedies – yet it has not always been so. The very idea of psychic trauma came into being only at the end of the nineteenth century and for a long time was treated with suspicion. This book tells the story of how the traumatic victim became culturally and politically respectable, and how trauma itself became an unassailable moral category. Basing their analysis on a wide-ranging ethnography, the authors examine the politics of reparation, testimony, and proof, at work respectively in the application of psychiatric victimology to the population affected by the 2001 industrial disaster in Toulouse; the involvement of humanitarian psychiatry with Palestinians and Israelis during the second Intifada; and the deployment of the psychotraumatology of exile for asylum seekers. Revealing how trauma has come to authenticate the suffering of victims, they provide a critical perspective on contemporary moral and political issues raised by the condition of victimhood.

   

Les Politiques de l’Enquête. Épreuves Ethnographiques (editor, with Alban Bensa), La Découverte, series Bibliothèque de l’Iris, Paris, 2008, 338 pages.

S'il fut jamais un temps où l’ethnographie allait de soi, tel n’est plus le cas. C’est de cette illusion perdue qu’est née l’idée de ce livre. Non pour regretter une époque qui a surtout existé dans l’imaginaire des anthropologues, mais pour saisir les implications épistémologiques, éthiques, politiques de l’enquête de terrain aujourd’hui. Fruit d’un travail collectif conduit sur trois continents, cet ouvrage plaide ainsi pour une manière réflexive et critique de répondre de sa recherche, dans un contexte où la place des sciences sociales est un enjeu crucial.

If there was ever a time when ethnography could be taken for granted, it has long been forgotten. This book was born from this lost illusion – not to regret an epoch which has mostly existed in the imaginary of anthropologists, but to apprehend the epistemological, ethical and political implications of fieldwork today. The product of a collective reflection conducted on three continents, this volume pleads in favor of a reflexive and critical approach to the question of the responsibility and accountability of the researcher, in a context where the place of social sciences is crucial.

   

L’Empire du Traumatisme. Enquête sur la Condition de Victime (with Richard Rechtman), series La Bibliothèque des savoirs, Flammarion, Paris, 2007, 452 pages, 2nd  edition 2011.

Des attentats aux catastrophes naturelles, des accidents d’avion aux prises d’otages, des massacres de populations aux suicides d’adolescents dans des lycées, chaque événement violent appelle la présence de psychiatres et de psychologues qui interviennent pour prendre en charge les traumatismes. Longtemps cette notion a servi à disqualifier soldats et ouvriers dont on mettait en doute l’authenticité de la souffrance. Désormais, grâce au traumatisme, les victimes trouvent une reconnaissance sociale. A travers trois enquêtes sur la victimologie psychiatrique dans les suites de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, sur la psychiatrie humanitaire dans les territoires palestiniens durant la seconde Intifada et sur la psycho-traumatologie de l’exil à l’œuvre auprès des demandeurs d’asile, émergent trois politiques - de la réparation, du témoignage et de la preuve. Le traumatisme n’est ainsi pas seulement une donnée psychologique : il est aussi une ressource sociale. Mais s’il permet de défendre des causes, de revendiquer des droits, de justifier des actions, il conduit aussi à exclure des groupes humains, à occulter des inégalités sociales et à produire de nouvelles hiérarchies d’humanité.

   

When Bodies Remember. Experience and Politics of AIDS in South Africa (translation by Amy Jacobs and Gabrielle Varro), University of California Press, Berkeley, series Public anthropology, 2007, 365 pages.

With six million of its population infected with HIV, South Africa is the country most affected by the AIDS epidemic worldwide. It is also where the most impassioned debates on the causes and treatments of the disease, the most spectacular mobilizations and trials for drug access have taken place. The result of five years of research in the townships and former homelands as well as in the scientific and political circles in South Africa, this book traces the political stakes of an epidemiological crisis that challenges both scientific discourses and public policies. It shows how the history of colonization and segregation remains alive in the inequalities and violence, racism and accusations of racism. It is therefore necessary to apprehend, in the most literal sense, how bodies remember. Beyond the specificity of the South African case, the volume proposes a reflection on the memory of collective afflictions in contemporary societies and on the political anesthesia produced by the indifference toward these injustices.

   

Quand les Corps se Souviennent. Expériences et Politiques du Sida en Afrique du Sud, La Découverte, series Armillaire, Paris, 2006, 442 pages.

Avec six millions de personnes infectées, l’Afrique du Sud est le pays du monde le plus gravement touché par l’épidémie de sida. Elle est aussi le lieu des débats les plus virulents sur les causes et les traitements de la maladie, des mobilisations les plus spectaculaires et des procès les plus retentissants pour l’accès aux médicaments. Résultat de cinq années d’enquête dans les townships et les anciens homelands comme dans les milieux savants et politiques sud-africains, ce livre retrace les enjeux politiques d’une crise épidémiologique qui met en cause les discours de la science autant que la gestion du pouvoir : il montre comment l’histoire de la colonisation et de la ségrégation demeure vivante, dans les inégalités et les violences, dans le racisme et les accusations de racisme. Il s’agit donc de comprendre, de la manière la plus littérale, comment les corps se souviennent. Au-delà de la singularité historique de l’Afrique du Sud, l’ouvrage propose une réflexion sur la mémoire des afflictions collectives dans les sociétés contemporaines et sur l’anesthésie politique que perpétue notre indifférence à l’égard de ces injustices.

   

Les Constructions de l’Intolérable. Etudes d’Anthropologie et d’Histoire sur les Frontières de l’Espace Moral (editor, with Patrice Bourdelais), La Découverte, series Recherches, Paris, 2005, 226 pages.

Torture, abus sexuels, maltraitance des enfants, traite des esclaves, crimes de guerre, génocides: les figures de l’intolérable se sont multipliées depuis deux siècles. Ce que l’on affirme ainsi injustifiable est vu comme un mal radical, voire absolu. Pourtant, le regard vers un passé encore proche nous apprend que les intolérables sont historiquement constitués. Contre une vision essentialiste des droits de l’homme, les études présentées dans ce livre rendent compte de la formation des frontières de l’espace moral contemporain, tout en interrogeant notre tolérance à l’égard des inégalités et des injustices.

Torture, sexual violence, child abuse, slave trade, war crimes, genocides: the figures of the intolerable have multiplied during the past two centuries. What appears as unjustifiable is represented as a radical or even absolute evil. Yet the exploration of the recent past suggests that the intolerable is historically constituted. In contrast with an essentialist vision of human rights, the studies presented in this book account for the formation of the frontiers of the contemporary moral space, while questioning our tolerance toward inequalities and injustices.

   

Le Gouvernement des Corps (editor, with Dominique Memmi), Éditions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, series Cas de figure, Paris, 2004, 269 pages.

Le gouvernement des corps se manifeste dans le domaine médical à travers l’éducation pour la santé, les politiques du médicament, la régulation de l’interruption de grossesse et de la gestion de la mort, mais aussi de manière plus diffuse avec le contrôle de la prostitution, l’imposition de normes conjugales, l’administration du monde carcéral, ou la normalisation des conduites des pauvres et des immigrés. Ce livre traite ainsi des multiples manières dont la société se saisit du corps, de la vie et du vivant, en définit les limites et les usages légitimes, dessinant les contours de nouvelles biopolitiques.

The government of bodies manifests itself in the medical field via health education, drug policies, regulation of abortion and assistance in dying, but also more broadly through the control of prostitution, the imposition of conjugal norms, the administration of the carceral institutions or the normalization of conducts of the immigrants or the poor. This book thus deals with the multiple ways by which society apprehends the body, the living and life, defines its limits and legitimate uses, drawing the contours of new biopolitics.